Septembre 2002 - Numéro 11

Responsabilité sociétale

Matthieu Fauret et Thomas Choffé

Concept certes flou, mais particulièrement en vogue actuellement, le développement durable se situe au carrefour de trois sphères : l'environnement, l'économie… et le social. Et devrait influer fortement sur le positionnement et l'évolution des organisations…

Le sommet de Johannesburg vient de montrer que le développement durable reste une notion fondamentalement liée aux questions d'environnement (pollution, épuisement des richesses, réchauffement de la planète…) et de pauvreté (accès à l'eau potable…). Priorité à l'urgence, nous en sommes tous d'accord… mais quid des questions liées à la responsabilité sociale (et pas seulement environnementale) des entreprises ?

Grande absente des débats (avec George W.Bush…), donc, la responsabilité sociale des entreprises n'a été que peu ou pas du tout abordée. Et pourtant… Cette notion relève d'une même préoccupation visant à introduire des questions d'éthique dans un monde de l'entreprise fondamentalement orienté vers le profit.

La responsabilité sociale… une démarche éthique avant tout

S'inscrire dans une démarche éthique, c'est adhérer à un certain nombre de pratiques et les appliquer. Il s'agit alors, non pas de subir divers impératifs plus ou moins contraignants, mais au contraire de saisir cette démarche comme une opportunité pour accroître sa compétitivité.

Dans ce cadre, la politique de l'entreprise s'oriente autour de la reconnaissance de certaines valeurs, en y adhérant, en se les appropriant, en les faisant valoir vers l'extérieur (fournisseurs, sous-traitants,…) et au sein de l'entreprise (salariés, syndicats, comité d'entreprise…).

C'est aussi soigner son image dans un contexte de surveillance (syndicats, actionnaires, ONG, agences de notation…) et de propagation en quelques clics de souris d'informations sur les bonnes… et les mauvaises pratiques.

Une notion encore floue… aux conséquences concrètes

Les vocables se rapportant à la responsabilité sociale sont d'une grande variété. De même que les fondements mis en avant sur ce thème :

  • les principes directeurs de l'OCDE qui définissent un comportement responsable,
  • la loi sur les Nouvelles Régulations Économiques. Adoptée le 15 mai 2001, elle impose aux entreprises de rendre compte dans leur rapport annuel des "conséquences sociales et environnementales de leur activité",
  • la Commission européenne (à travers son Livre Vert) qui s'appuie sur le concept de responsabilité sociale des entreprises et présente cinq catégories d'outils allant des codes de conduite à la notation en passant par les labels, les normes, ou les rapports (bilan social…).

Mais s'il n'existe pas encore d'accord sur les normes régissant la responsabilité sociale, cette notion ne peut être négligée par les grands groupes et les sociétés cotées. Ne serait-ce que pour la facilité d'engagement sur une démarche absolument pas conceptualisée, l'image positive véhiculée par cette démarche auprès de la société civile et l'épée de Damoclès que constitue le marché boursier.

Les PME et les collectivités territoriales sont aussi concernées Même si elles ne sont pas directement intégrées dans ces réflexions, les PME sont concernées à coup sûr. Sur le thème social notamment. Si la question de responsabilité sociale incombe, au sein des grandes structures, à la DRH, elle devrait être supportée, dans le cadre d'une PME, par le chef d'entreprise. C'est en effet le seul acteur à même de gérer l'aspect transversal du développement durable (relations avec les fournisseurs, les collectivités locales, les clients, les syndicats…).

Le Medef va dans ce sens. Un travail de sensibilisation des PME sur ce sujet est mené actuellement avec une incitation claire à anticiper une démarche qui deviendra certainement obligatoire, en insistant sur l'accroissement de compétitivité qu'elle engendrera.

Les collectivités territoriales sont également concernées par cette problématique. Elles joueront ainsi un rôle majeur pour orienter le fonctionnement et le développement des organisations, dans un souci de durabilité. Cela peut aller du plus contraignant (réglementation) au plus "souple" (sensibilisation) en passant par des formes intermédiaires, comme l'incitation économique (taxation, quotas négociables, subvention) ou la normalisation (normes de système de type ISO, labellisation des produits…).

Il ne reste qu'à définir précisément les termes et notions. Les conceptualiser, en tracer les contours, en cerner les enjeux pour définir les responsabilités et distribuer les rôles, se donner les moyens de contrôle et de sanction inhérents à l'efficacité de la démarche. Ce sont les préalables nécessaires à l'implication de tous et à la transformation d'un sujet très "tendance" en une problématique stratégique et porteuse de résultats. Il suffit de dépasser l'utopie des discours. Vaste programme…